Le 16 avril 2011, il y a eu une grande marche contre l'intimidation, à Sorel-Tracy, ma ville d'adoption depuis un an et demi. Je n'y était pas, car je n'avais pas entendu parler de l'histoire derrière cette marche, sans quoi, j'y aurait certainement participé.
Écoeuré de se faire écoeurer, Maxime Collard, 12 ans, expulsé de son école secondaire pour agressivité (semble-t-il), a initié tout cela. Plutôt que de cultiver des idées noires, il a décidé d'utiliser Facebook pour faire entendre son problème et ainsi expulser ce qui était en train de le rendre frustré, violent et suicidaire. Je ne peux que saluer son initiative, car à peu près au même âge, j'aurais eu mille raisons de faire la même chose, mais je ne l'ai pas fait.
Fils d'un politicien régional au Saguenay-Lac-Saint-Jean, entre 1991 et 2003, je n'ai pratiquement jamais eu la paix dans une cour d'école. Naturellement dépendant du regard et de l'affection des autres, ayant toujours été fondamentalement empathique, affectueux et tourné vers les autres, j'ai par contre toujours pris l'attention qu'on me portait à cause de mon père de manière négative. À chaque élection, le visage de mon père était placardé bord en bord de la ville, et je n'avais quasiment pas le temps de respirer entre chaque remarque ou insulte reliée à mon père ou à mon statut de "fils de..." Il y avait des remarques négatives, des positives, mais néanmoins, toute cette attention n'était pas sollicitée et m'empêchait parfois de réellement cerner qui j'étais réellement. Malgré le fait que j'étais libre de prendre cela positivement ou pas, j'étais plus souvent jugé sur les actions de mon père que sur les miennes, ce qui me laissait parfois bien peu de liberté d'être qui j'étais. Étant forcément toujours dans la défensive inconditionnelle de mon père et de moi (heureusement pour moi, mon père était très apprécié localement), j'avais bien peu de temps pour AGIR, étant toujours dans la RÉACTION. J'étais fier de mon père, inévitablement, et je profitais de son statut tous les jours. Mais, parfois, j'aurais préféré le voir chez nous plus souvent que sur les pancartes. M'enfin, je n'ai pas manqué de mon père, mais plutôt de "préparation" à cette popularité par défaut à laquelle j'allais être exposé dès l'âge de 6 ans.
J'ai souvent éclaté de rage, j'ai souvent souffert, malgré tout, de cette difficulté d'être constamment observé et jugé comme un adulte alors que l'on est qu'un enfant.
Enfin, des années plus tard, autour de l'an 2000, l'image du père célèbre déjà mieux assimilée, à mes 15 ans, toute l'école, pour qui j'étais maintenant le fils du maire, s'est mise à ragoter dans mon dos à propos de mon orientation sexuelle. J'étais effectivement homosexuel, mais personne ne le savait encore, pas même mes meilleurs amis, sauf ceux qui avaient accès à Internet et m'avaient vu sur un site de rencontre destiné aux gens de tous les âges : le site de GangIRC (pour les utilisateurs du logiciel de chat mIRC). La nouvelle eut l'effet d'une bombe. Je n'ai jamais été autant intimidé par les gens de mon école de ma vie. Les garçons me poussaient dans les escaliers, entre les casiers, se réunissaient en groupe pour m'injurier ou me traiter de tapette, de fefi, de...
Malgré tout, une once de moi s'est probablement sentie comme Maxime Collard, à ce moment où tout pouvait déborder. C'est ici que cet article prend une dimension à laquelle je ne m'attendais pas. En fait, j'oubliais à quel point je n'ai jamais été aussi audacieux que cette année-là où j'étais enfin le centre de mon monde pour quelque chose que j'étais vraiment moi-même et non pas pour quelque chose que mon père était ou m'avait donné. Un beau jour, j'ai décidé, en prévision d'un spectacle annuel de la troupe de danse à laquelle j'appartenais, sur un coup de tête (c'est le cas de le dire), de me faire décolorer les cheveux complètement et de les faire teindre argent et bleu. C'est bien sûr, mon coiffeur, un adulte pas mal flyé et open, gay et ayant des enfants lui-même d'un mariage précédent, qui, ayant compris mon besoin d'exprimer mon individualité, m'avait poussé à oser afficher mes couleurs. Malgré les rumeurs sur mon homosexualité, je me suis présenté un beau lundi, à l'école, la tête bleue et argent.
SCANDALE!
Premièrement, j'étais hors-la-loi à l'école, mais spécifiant que c'était pour un spectacle à la fin de la semaine, la direction de l'école m'a autorisé de rester à l'école cette journée-là. Je me sentais brave!
Deuxièmement, les élèves ont tous été complètement pris de stupeur de me voir arriver comme cela, en pleine campagne de rumeur sur mon homosexualité, avec forcément pas les attraits capillaires les plus virils que j'aurais pu exprimer. Mais, ça n'était pas grave : je me sentais horriblement mal, mais en même temps horriblement libre. Ça faisait mal et ça faisait du bien à chaque seconde!
Troisièmement, évidemment, ma famille a complètement disjoncté. Le "fils de..." avait maintenant, ne serait-ce que de façon superficielle, une identité, un Égo, une personnalité. Il ne faisait pas les choses pour plaire, mais pour se sentir bien et libre.
Quatrièmement, toute la troupe de danse à laquelle je participais a réagi extrêmement... bien! Mais, en même temps, j'ai entendu dire que certains trouvaient ma coupe trop excentrique pour le spectacle, car cela attirait trop l'attention sur moi. Mais, on m'a laissé exprimer mon individualité. Ça ne pouvait pas plaire à tout le monde, et ce n'était pas le but. J'ai passé, cette semaine-là, une semaine très chargée en émotions, de générale en générale, jusqu'aux spectacles, et j'ai véritablement senti que j'avais ma place plus que jamais dans ce spectacle. Je ne vivais plus la même pression de devoir plaire aux autres. Je faisais mes trucs, à ma façon, et les gens adhéraient ou non à ce que je décidais de dire ou faire. Je découvrais que de la discordance et la divergence d'opinions et de styles de vie pouvait émerger la tolérance, l'empathie, et finalement, l'amitié. Je découvrais cela pour la première fois, en goûtant l'individualité.
Suite à ce spectacle, quelques mois plus tard, après tout un été a être sorti des sentiers battus de ma vie pour tenter de nouvelles choses, tout mon entourage a été mis au courant de mon orientation sexuelle. J'ai ainsi pu reprendre une vie un peu plus normale et moins exubérante. J'avais fait mon gros "trip" à l'été 2000, et ça avait fait du bien.
Quand je regarde l'histoire de Maxime Collard, je me dis que je n'ai peut-être pas mobilisé ma communauté pour me venir en aide, mais j'ai révolutionné, en l'an 2000, mon univers personnel. Et, il plus important que jamais que les jeunes réalisent à quel point l'on ne mérite pas de souffrir à cause des autres. On mérite d'être heureux, de pouvoir nous exprimer de manière positive et constructive. On mérite l'amour, l'amitié, le courage, la confiance...
Le pouvoir d'être soi-même.